Nicolet.
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Et fous le mafquc adroit d'une aimable folie
Marier la morale à Ia plaifanterie.
Mais, puifqu'il m'eft, pour vous, défendu de parler,
Pour vous, de tout mon corps, je vais gefticuler.
Haine, amour, défefpoir, ambition, vengeance,
Je ferai tout fentir dans mon docte filencc.
Vous viendrez, froids acteurs, vous viendrez fur mes pas
Apprendre à faire agir et vos yeux et vos bras ;
Oui, fans plus ennuyer et loges et parterre,
Meffieurs, à mon école, apprenez à vous taire.
Mefdames, cependant, quand, malgré fés jaloux, Ledit fleur Nicolet va tout faire pour vous, Secondez mes efforts et, par votre préfence, Chez lui des fpectateurs augmentez l'affluencc. D'un acteur tel qu'il foit vos goûts font les deftins Et mon fort tout entier réfide dans vos mains. Ainfi de chaque état vous êtes les oracles, Et.tel femble, à nos yeux, opérer des miracles,. Qui, fans vous, ici-bas, n'eût jamais été rien. Voyez ce fectateur du célèbre Galien, Ce petit médecin fans nom ct fans feience Qui, .donnant par hafard une bonne ordonnance, A deux ou trois beautés a rendu la fanté, Voilà de fon favoir tout Paris entêté : On remplit à l'envi fon heureufe boutique, A fon apothicaire on donne fa pratique, Et la ville et la cour, prenant fés anodins, Se difputent l'honneur de mourir par fés mains. Je fuis ce médecin, ce charlatan fublime Dont la voix vous invite à fuivre fon régime ; Mefdames, c'ejl ici I Vous entrez, et déjà Robins, marquis, abbés, défertent l'Opéra Et fe font un devoir de venir fur vos traces Applaudir conftammént à mes doctes grimaces ; D'ailleurs, vous le favez, on eft libre chez moi : On y parle tout haut, on y caufe à part foi ; On y rit, on y bâille, on s'y tait, on y crie ; De mes jeux, en un mot, la contrainte eft bannie, Et c'eft à la faveur de cette liberté, Qu'après un fouper fin, fervi par la gaîté, Cet élégant chez moi vient tenter la.fortune Et paffe tour à tour de la blonde à la brune; Clue ce petit robin, en chenille, en plumet, Vient, cn hauffant l'épaule, y gliffer fon bouquet ;